CHTHONIC Takasago Army
CD Jewel case

4/5 1 rating

TRACK LISTING

1. The Island
2. Legacy of the Seediq
3. Takao
4. Oceanquake
5. Southern Cross
6. Kaoru
7. Broken Jade
8. Root Regeneration
9. Mahakala
10. Quell the Souls in Sing Ling Temple

MUSIQUE VIDEO CHTHONIC Takao

Ajoutée le 07-06-2011
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LA CHRONIQUE DES PRO'S

17/20
Courtesy of ROCK 'N BALLS

Avant de lire cette chronique du sixième album studio de Chthonic, allez lire (ou relire) celle relative à leur sortie précédente, Mirror of Retribution. Car pour évoquer le petit dernier, Takasago Army, jaurais presque pu transposer mot à mot les commentaires tenus en 2009 par mon collègue Mastema. Comme lui, cest en découvrant leur origine taïwanaise que mon intérêt a été titillé. Un intérêt Lire la suite [...] vraiment émoustillé à lécoute du black metal mélodique de grande qualité que jai entendu. Javais déjà vu le nom Chthonic circuler mais sans jamais prendre la peine de jeter une oreille à leur musique. Je pensais que cétait encore un groupe de metalcore ou de death et puis, cest con, mais le nom bizarroïde du groupe me rebutait. Pour les ignorants comme moi, Chthonic est un mot grec qui désigne la terre ou plutôt les esprits qui se trouvent sous la terre et ça se prononce « Thonic ». Bref, voilà donc que je découvre ce groupe de Taipei avec une guerre de retard.

De guerre, il en est justement question ici. Le titre de lalbum Takasago Army fait rĂ©fĂ©rence aux soldats volontaires de larmĂ©e impĂ©riale japonaise recrutĂ©s pendant la seconde guerre mondiale chez les Seediq, une des plus anciennes tribus aborigènes taĂŻwanaises. Takasago est dailleurs un ancien terme japonais pour designer TaĂŻwan. Chthonic est un groupe engagĂ© qui na pas peur de flirter avec des sujets aussi sensibles que celui-ci (la collaboration en fait), sans doute aussi pour provoquer et houspiller lennemi jurĂ© : la Chine. En relisant les propos du chanteur Freddy Lim dans linterview publiĂ©e Ă  lĂ©poque sur Rock â??N Balls, on ne peut quacquiescer : « Lorsquun pays monocratique [la Chine] gagne de plus en plus en puissance, ce nest pas seulement TaĂŻwan, mais le monde entier qui est menacĂ©. Les valeurs comme la libertĂ© dexpression, les droits de lHomme etc. seront bafouĂ©es et dĂ©tournĂ©es ». En 2011, les musiciens de Chthonic nont absolument pas perdu leurs vellĂ©itĂ©s indĂ©pendantistes et dĂ©mocratiques pour leur Ă®le. Cet engagement politique est indissociable de la personnalitĂ© du groupe car il linspire profondĂ©ment et rejaillit immanquablement dans les textes mais aussi dans la musique.

Le contenu musical de Takasago Army justement, est-il aussi surprenant, maîtrisé et inspiré que sur Mirror of Retribution ? Après une écoute comparative, le nouvel album savère de qualité bien supérieure. En 2009, Mastema concluait en disant qu« il ne reste plus à Chthonic quà saffranchir un peu plus de ses influences, peut-être en osant encore plus franchement linclinaison asiatique ». Bingo, cest fait. Dans linterview, le guitariste Jesse Liu se demandait comment encore mieux utiliser lerhu (rappel : sorte de violon asiatique à deux cordes) comme un instrument lead en lintégrant encore plus adéquatement au style metal. Mission accomplished, guys !

LomniprĂ©sente ambiance asiatique commence dès lexcellente intro instrumentale « The Island ». Et on en retrouve tout au long de la plaque, notamment sur « Takao » oĂą les claviers oscillent entre sonoritĂ©s orientales et occidentales, sur « Southern Cross » avec son dĂ©but presque ambient, sur « Kaoru » ou encore « Broken Jade ». Ce dernier fait montre dune extrĂŞme vĂ©locitĂ© et de roulements furieux. Cette musique très rapide est souvent mise en opposition avec des choeurs fĂ©minins superbes et planants. Le chant clairement asiatique et Ă©mouvant de la non moins envoutante bassiste Doris Yeh se retrouve en filigrane sur de nombreux titres (« Legacy of the Seediq », « Oceanquake », « Kaoru », etc.). Ce chant fĂ©minin â??qui nest pas sans rappeler celui de Sarah Jezebel Deva sur les albums dun groupe citĂ© plus basâ?? est une rĂ©elle valeur ajoutĂ©e qui renforce incontestablement lempreinte asiatique du groupe. Il en va de mĂŞme pour les choeurs masculins majestueux chantĂ©s en taĂŻwanais quon entend sur « Takao ». Dailleurs, lutilisation de la langue locale ici et lĂ  est aussi un vrai plus que japprĂ©cie beaucoup, non seulement pour le cĂ´tĂ© original mais surtout pour la dimension plus authentique que ça apporte. Et mĂŞme si on ny comprend rien (mais après tout, bien malin celui qui dira quil comprend toujours toutes les paroles dans le black metal), cela renforce le concept de lalbum. Sans avoir besoin de lire les paroles, la musique de Chthonic est suffisamment explicite pour bien faire passer le concept de lalbum qui oscille entre histoire contemporaine et mythologique taĂŻwanaise. Citons par exemple le final sympa de « Quell the Souls in Sing Ling Temple » avec ses choeurs Ă  plusieurs voix presque Ă©piques, le discours rĂ©citĂ© Ă  la fin de « Broken Jade » qui est en fait le speech de reddition de lEmpereur Hirohito Ă  la fin de la seconde guerre mondiale ou encore linstrumental « Root Regeneration » qui offre une bouffĂ©e doxygène (au propre comme au figurĂ©) avec ses bruits deau qui coule et de nature sur fond dinstruments traditionnels asiatiques et de voix fantomatique. Lambiance crĂ©Ă©e en hommage aux Seediq est donc parfaitement transmise grâce Ă  des morceaux tour Ă  tour guerriers, Ă©piques, mystiques, folkloriques ou tout Ă  la fois.

Sur Takasago Army, cest la guitare qui domine avant tout et créée la dynamique. Sur lexcellent « Southern Cross » et son bon refrain (chose rare dans ce style parfois pompeux), le clavier vient doubler la mélodie de guitare tout en étant soutenu par une rythmique en phase. Sur « Mahakala », le riff est plus thrash et les solos du dernier morceau de lalbum sonnent plus heavy metal. Au rayon des reproches, on pourra faire la même remarque que pour Mirror of Retribution : la ressemblance évidente avec Cradle Of Filth au niveau des vocaux aigus de Freddy Lim. Mais il maitrise aussi les growls et chaque type de chant est posé aux bons endroits pour à nouveau bien soutenir le concept. Il y a donc beaucoup de variations de tempos et de sons (« Legacy of the Seediq », « Kaoru ») mais tout senchaine et simbrique à merveille presque sans temps mort. La musique proposée par Chthonic est orchestrale dans le sens où il y a plein de sons et dinstruments (il ny a pas que lerhu, il y a aussi du koto, shamisen, cloches tibétaines ou du shakuhachi) qui jouent ensemble, interviennent puis se taisent, senchainent, se complètent, comme dans un orchestre classique. Il y a très peu de temps pour souffler. Cest très puissant et compact mais jamais lassant car le son est également ample et rempli lespace de tous les côtés ce qui permet davoir une écoute différente à chaque fois. Derrière cette orchestration originale et toujours imprégnée de nappes dambiances orientales, on sent que tous les paramètres ont été travaillés et maitrisés, avec laide de Rickard Bengtsson (Arch Enemy, Opeth, Shining, Mortiis) qui a co-produit lalbum.

Chthonic est un coup de pied au cul dans le monde du black metal mélodique/symphonique. A ma connaissance, ce quils proposent est absolument unique. Et cest ça qui rend Chthonic digne dintérêt. Ils ont de quoi séduire la frange internationale par des sonorités typiquement metal, le gros son, la grosse voix, les guitares hyper travaillées et bien produites mais ils se démarquent de la médiocrité du lot mondial par la qualité de leur côté « exotique » et de leur touche orientale. Une fois de plus, le metal prouve son caractère universel. Espérons que lexemple des taïwanais va essaimer en Asie et que leur popularité croissante, avec le soutien de leur label finlandais, va les amener à écumer nos scènes européennes.

Vanarkh

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